B comme Brassier

C’est parti pour la seconde journée de ma petite aventure généalogique. Aujourd’hui nous partons en 1812 pour la petite ville de Passa dans les Pyrénées Orientales. J’ai choisi cette destination car il s’agit d’un petit clin d’oeil, une private-joke avec moi-même qui remonte à l’époque où j’ai débuté mes recherches.

Du côté de ma famille, j’ai une grosse proportion de travailleurs de la terre, tout comme du côté de ma femme. On trouve des cultivateurs, des laboureurs ou encore des journaliers. Mais voilà qu’au milieu des cultivateurs catalans je trouve des brassiers. Qué es acho ? Je me voyais déjà retrouver une brasserie encore ouverte, héritée de père en fils, en filles, depuis des générations et m’y rendre pour manger un bon plat de Boles de Picolat. Mais hélas, la suite de mes recherches ne me mena pas vers de braves passanencs servant des repas à tous les habitants du village mais vers des travailleurs de la terre. L’appellation “régionale” du journalier m’a un peu induit en erreur.

Je vais donc retrouver Mathias Paraire, SOSA 510 de mes enfants.

Je prends de nouveau place dans cette machine qui me transporte au début du XIXème siècle, place de l’Église à Passa. Cette fois je prends corps au sein de l’époque et je dois donc marcher au milieu des champs pour me rendre au lieu du Monastir del Camp où travaille Mathias. Pour m’être rendu à notre époque dans ce village, le changement est flagrant. En effet, pas de lotissement, pas de route goudronnée seulement quelques habitations éparses et surtout des champs. Il y a une certaine effervescence tout autour de moi, nous sommes à l’époque des moissons.

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Place de l’Église (Delcampe)

J’arrive au lieu dit et je questionne un jeune homme pour trouver Mathias. Je fais alors la connaissance de Joseph Noell, 30 ans, qui se trouve être l’un des témoins de la naissance de Marie Anne Montserrade, la première fille de Mathias née en 1809. Bien qu’il soit marié avec Marie Sabiude depuis 1804, je n’ai pas trouvé d’enfants avant cette date.

En suivant les indications de Joseph je finis par trouver le vaste champ où travaille Mathias. Il n’est que 9 h mais la chaleur se fait déjà sentir, je suis bien content de n’être qu’un simple voyageur. Mathias s’échine avec une dizaine de faucheurs pour couper les épis depuis le levé du soleil. J’aperçois une personne regardant avec attention le travail de tous ces travailleurs, il s’agit du propriétaire.

En discutant avec lui, il en vient à m’expliquer l’organisation du travail. À gauche, le premier homme est celui qui donne le rythme du fauchage. Ni trop vite, ni trop lentement. Tous les autres suivent la cadence en laissant une toise d’avance au faucheur sur sa gauche. Ainsi chaque faucheur voit aisément sa bande de fauchage. De plus cela apporte une certaine sécurité, puisque les faux ne se touchent pas et elles ne touchent pas non plus les autres faucheurs. Je les vois de temps en temps s’arrêter et prendre une pierre pour aiguiser les lames, tous dans le même rythme ! Cela ressemble à une chorégraphie très bien orchestrée et tout à fait naturelle. Le propriétaire me propose de rejoindre les hommes pour compléter l’équipe et m’indique où prendre l’une des faux qu’il prête aux travailleurs mais je décline poliment. Je ne pense pas que je serais à mon aise avec cet outil, ni que je puisse réussir à suivre le rythme de travail.[1]

Le premier faucheur sonne trois coups de trompe pour indiquer qu’il est l’heure d’asmourzer. Je suis invité à me joindre à eux pour manger un morceau de pain et boire un verre de vin. Les travailleurs sont plutôt silencieux, la journée s’annonce chaude et longue. L’année sera bonne à priori et les brassiers en sont contents. Cela signifie du travail. Ils sont en effet dépendant de la bonne qualité des récoltes.

journaliers-pendant-la-pause-web
André Lenoir-Journaliers pendant la pause

Voilà que sonne de nouveau la trompe, c’est l’heure de reprendre le travail pour Mathias et ces collègues journaliers et de rentrer pour moi ! Je n’ai pu échanger que quelques mots avec cette homme que je pensais derrière un bar à réconforter les travailleurs le soir avec un bon repas. Mais hélas pour lui, la journée de travaille est beaucoup plus physique et le statut certainement moins enviable vu qu’il n’a qu’une situation précaire. Il ne semble pas si malheureux puisque dans quelques semaines il fêtera l’anniversaire de son premier fils ! Il a l’air si fier en parlant de lui.

Je quitte donc Passa, pour revenir sur Toulouse, 200 ans plus tard…Mathias décédera à l’âge de 63 ans et il était toujours brassier au moment de sa mort. Son fils Mathias sera granger, soit ouvrier agricole, un statut moins précaire s’il n’était pas saisonnier mais vraiment employé à plein temps d’une ferme.

|1]Fortunes de France de Robert Merle

Peinture Poissonneurs a Mont Saint Pere scènes rurales paysan Léon Augustin Lhermitte

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3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Annick H. dit :

    Mon père a maintenant 91 ans, mais dans les Vosges c’est ainsi qu’il fauchait aussi avec ses copains quand ils se louaient dans les fermes au temps des fenaisons. Là par contre les terrains étaient assez pentus et il fallait faire très attention.

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  2. Yann L. dit :

    C’est en lisant les Fortunes de France de R. MERLE que j’ai découvert cela. Je trouvais la méthode parfaite pour illustrer l’article. Merci pour le commentaire

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  3. Bonne idée que de rappeler le geste du faucheur, et les contraintes du travail à plusieurs !

    Aimé par 1 personne

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